Happy Birthday Pride and Prejudice !

Parlons bien, parlons littérature et cinéma (avec un peu d'internet et de télé dedans, histoire de compliquer les choses). Ca vous a manqué hein ? Eh bien pas moi (rappelez-vous, j'étudie les Lettres Modernes, c'est mon lot quotidien). Nan j'rigole. 
Cette fois, je veux vous parler d'un phénomène dont j'ai le malheur d'être victime depuis maintenant bien longtemps, et qui ne risque pas d'en finir, j'ai nommé

la Jane Austen Mania

Oh, Jane..
Pourquoi maintenant ? Eh bien parce que ça fait officiellement 200 ans qu'elle dure, depuis la première publication d'Orgueil et Préjugés en 1813, de Jane Austen, donc, jusqu'à aujourd'hui, en 2013 (et si vous savez compter vous verrez que je ne me trompe pas).
Alors là, les incultes que vous êtes me demandent, mais qui diable est cette Jane Austen ?
Et me voilà, sauveuse du monde, prête à vous éclairer sur ce point crucial de mon article :
Jane Austen, c'est celle qui a marqué le coeur des femmes en devenir comme moi, et ce depuis le 19ème siècle dans un Royaume-Uni qui a Victoria pour Reine et qui ne connaît pas encore ce mouvement qu'est le féminisme. Jane Austen c'est celle qui a mis en scène des personnages dans un cadre propre à son temps mais dont les histoires peuvent s'appliquer encore de nos jours. Et pour ceux que ça n'aide toujours pas, Jane Austen c'est celle qui a écrit Orgueil et Préjugés (entre autres), le bouquin qui a inspiré le film de 2005 avec Keira Knightley par exemple (oui, c'était un livre à la base, vous le croyez ça ?).

Moi, ça m'a mordu il y a maintenant deux ans : pour la petite histoire, c'était pour un TPE (je ne déconne pas), et depuis, ça ne m'a pas lâché. Et pourtant, Dieu sait qu'au départ c'était loin de me plaire : les histoires d'amour tout ça, c'était pas (encore) ma tasse de thé, et lorsque j'ai vu Orgueil et Préjugés (2005) pour la première fois, le langage était encore trop élaboré pour mon pauvre cerveau de kikoolol stupide. Sauf que voilà, j'ai grandi, et j'ai commencé à aimer les films historiques avec les costumes et tout le toutim. Et l'étudier en détail n'a pas aidé, bien au contraire : j'ai dû (oh quel travail infâme -ironie hein-) visionner pas mal d'adaptations et lire beaucoup d'oeuvres de celle qui est, je l'ai compris à ce moment-là, une pionnière dans le genre et une véritable référence au sein de la littérature anglaise.
Et c'est là que je viens au sujet : pire qu'un pilier de la littérature, c'est une vraie source d'inspiration (ou plutôt de plagiat/copie) pour tous les réalisateurs avides de satisfaire les coeurs des vieilles filles frustrées que nous sommes : régulièrement, la BBC (cette chaîne réputée pour nous détruire avec ses films merveilleusement bien fichus et ses séries (Doctor Who) qui nous déchirent le coeur en mille pièces) produit des adaptations cinématographiques de ses oeuvres (parce que oui, madame a écrit autre chose qu'Orgueil et Préjugés) et ça dépasse parfois même le cinéma. Petit listing de ce qui est à retenir :



Orgueil et Préjugés (1813)


Commençons par le gros morceau, THE roman à lire, à dévorer, à revoir sous toutes ses formes... Et surtout celui qu'on a repris à toutes les sauces, parfois même là où vous ne le voyez pas. Orgueil et Préjugés, si vous ne connaissez pas, c'est le récit avant tout d'une des histoires d'amour qui en a marqué plus d'une : Elizabeth Bennet, destinée à être vieille fille par sa condition et ses pensées un peu trop en avance sur son temps, et Fitzwilliam Darcy, un homme en apparence trop froid et orgueilleux pour pouvoir être supporté par qui que ce soit. Un ersatz de quelques adaptations :




Version classique :

Orgueil et Préjugés (1995) : Le grand classique, celui qu'on se targue d'avoir vu et de préférer à tous les autres, non seulement parce que c'est fait par la BBC mais parce qu'on y a le plaisir de voir un Colin Firth jeune et déjà bourré de talent (son regard de Darcy hors de lui fait froid dans le dos). Pour quelqu'un d'habitué aux films de nos jours, l'aspect de la mini-série (parce que c'est en réalité une mini-série de 6 épisodes) peut déranger un peu : on constate l'effort fourni dans le choix des acteurs, dont le physique (surtout celui des femmes) correspond parfaitement aux visages des peintures de l'époque : des visages ronds aux formes parfois peut-être un peu exagérées. Mais même si ça paraît désuet, le jeu des acteurs, encore une fois, dépasse tout, et on appréciera la conformité parfaite au roman et le regard plein de malice d'Elizabeth Bennet (Jennifer Ehle) qui rappelle le style d'écriture si typique de notre Jane Austen adorée.

Orgueil et Préjugés (2005) : Celle-là, on la connait bien plus maintenant, parce que non seulement elle est sortie au cinéma, mais qu'en plus elle possède la belle Keira Knightley dans son casting. Toujours fidèle au roman, on prend une autre direction : un peu moins de sarcasme et beaucoup plus de jeu dramatique, avec une bande-son plus travaillée (Liz on Top of the World est à couper le souffle) et des acteurs qui paraissent plus jeunes, plus réactifs, peut-être un peu plus proches de notre propre réalité. Les grands traits de l'histoire demeurent (l'animosité Lizzie/Darcy, une mère hystérique, une grande soeur à la bonté inégalable, le Wickham aux faux airs charmeurs) mais cette fois, on oublie un peu la critique de l'époque et on se concentre sur la romance, la vraie, bref, c'est le film préféré des guimauves.



Version cinéma-mais-à-une-sauce-nouvelle :

Bridget Jones' Diary (2001) : Eh oui, encore Colin Firth dans le rôle de Darcy. Certes, ce sont de petites allusions mais qui sont toujours bonnes à prendre : le Darcy froid est toujours là et toujours dans une situation bien trop bonne pour notre héroïne qui est en passe de finir vieille fille, là encore.

Bride and Prejudice (2005) : La première fois que j'ai vu ce film, c'était malheureusement avant de connaître ne serait-ce que le nom de Jane Austen, et c'est donc sans fidélité envers notre gourou anglaise que je l'ai supporté jusqu'à la fin, et même parfois apprécié. Sauf que la deuxième fois, on ne m'y a pas reprise, j'ai vu la supercherie, mon âme s'est révoltée d'un tel affront, et depuis je le boude. Dans les faits, c'est assez simple et même séducteur : une adaptation d'Orgueil et Préjugés certes, mais à la sauce Bollywood. Sauf que cette sauce Bollywood est elle-même reprise à la sauce américaine. Et vous savez comment ça finit à chaque fois : en une comédie musicale désastreuse bourrée de clichés qui offusque les plus puristes (et pourtant j'aime les comédies musicales, demandez à mes pauvres amis).




Version épisodique-à-une-sauce-nouvelle :

Lost in Austen (2008) : Cette fois, c'est l'histoire d'une vraie fille de nos jours, qui galère dans sa vie sentimentale et qui, pour l'éviter, aime se plonger dans ce monde de rêve que représente Pemberley. Sauf qu'un jour, elle y plonge pour de vrai et se retrouve propulsée dans la famille Bennet et rencontre Darcy, qui, malheureusement pour elle, est l'homme de ses rêves. Alors là, c'est coup de coeur obligé (encore une fois) pour les guimauves et amoureuses de l'oeuvre tant elle reflète leur rêve commun (je vous vois derrière votre écran, vous souriez, je lis en vous, ne mentez pas) : c'est drôle, léger, sympathique et il n'y pas de partie chantée cette fois-ci.

The Lizzie Bennet Diaries (2012) : C'est mon tout dernier coup de coeur, et celui-là est énorme. Parce que cette fois, c'est une série en ligne, sur YouTube (vive internet), et qu'elle reprend l'histoire d'un point de vue interne : celui de Lizzie, qui raconte sa vie à travers un vlog très réaliste. On adapte le tout au 21ème siècle, et ce de manière très ingénieuse : Lizzie est une étudiante un peu en galère qui vit toujours chez ses parents, Darcy est un jeune directeur d'entreprise plein de succès et Bingley (renommé en Bing Lee) un étudiant en médecine à l'avenir prometteur. Certes, à l'écrit comme ça, ça sonne comme de gros changements, mais regardez le vlog, et vous verrez, tout est logique et bien construit. Mention spéciale à la chaîne TheLydiaBennet, qui offre un approfondissement du personnage de Lydia, qui, à mon goût peut correspondre à ce qu'aurait pu faire Jane Austen si elle en avait eu l'occasion. C'est frais, c'est bien écrit et c'est intelligent, je vote pour environ mille fois.

Raisons et Sentiments (1811)

Le pitch original : deux soeurs et leur mère, après la mort de leur père Henry Dashwood, se retrouvent dans une situation financière difficile, ce qui les force à quitter leur ancienne maison pour vivre plus modestement chez des parents à elles. Là encore, des liens se nouent, se dénouent, il y a un méchant traître charmeur, un amoureux secret et des quiproquos mal éclairés. Deuxième oeuvre majeure de l'auteure, elle fut elle aussi adaptée maintes fois mais, pour éviter de vous fatiguer, je n'en souligne que deux :

Raison et Sentiments (1995) : Reconnu parce qu'il est fidèle à l'oeuvre mais aussi pour les grands noms qui l'accompagnent : réalisé par Ang Lee avec Kate Winslet, Hugh Grant, Emma Thompson et Alan Rickman au casting, bref, c'est du lourd. Les puristes apprécieront, ceux qui aiment les films d'action beaucoup moins.

From Prada to Nada (2009) : Rien qu'au titre, vous vous dites "Ouh là". Et vous avez bien raison. Encore une fois, voici une adaptation américaine qui ne cessera de vous faire rire non pas parce que c'est une comédie bien faite mais parce que, parfois, mieux vaut rire des choses graves qu'en pleurer. Cette fois, on adapte l'histoire version 21ème siècle, en introduisant deux soeurs ultra-riches et pourries gâtées forcées de se mettre à la diète une fois leur gentil papounet victime d'une crise cardiaque. Sauf qu'ici, l'histoire originale de Jane Austen sert plus à mettre en avant les faux talents d'actrice de Camilla Belle and co que jouer sur la psychologie des personnages et leur relation. Les puristes n'aimeront pas, les autres un peu plus.



Les autres oeuvres adaptées à ne pas rater :

Emma (2009) : Emma, pour combler le manque d'intrigues dans sa vie peronnelle, s'évertue à en créer de nouvelles parmi son entourage : entremetteuse dévouée, elle se donne pour mission de marier sa nouvelle amie Harriet Smith, jeune fille sans noblesse, pour la détourner du paysan qu'elle apprécie, Robert Martin. Cette adaptation est elle aussi produite par la BBC, donc sérieuse et fidèle au roman : on appréciera le côté sarcastique de Jane Austen parfaitement retranscrit dans le ridicule des situations et le casting, encore une fois, très bien choisi.

Northanger Abbey (2007) : Catherine Morland est une jeune femme rêveuse et naïve, qui a grandi la tête fourrée dans les livres qui font succès à son époque : les romans gothiques. C'est pourquoi lorsqu'elle se rend à Bath et entre enfin dans la haute société, elle se laisse aller à des rêveries absurdes, source de nombreux quiproquos. Probablement mon héroïne favorite, cette adaptation l'est aussi par sa fraîcheur et son côté exagéré délibéré qui se moque de l'héroïne.







Et encore, ceci n'est qu'une infime partie de tout ce qui existe déjà et ce qui est à venir, mais, si vous voulez vous faire un petit point Jane Austen, c'est la base de tout. Enfin je crois.
Tout ça pour vous prouver à quel point je suis mordue (et peut-être fanatique), et que c'est comme la cigarette : ne commencez pas si vous ne voulez pas être addict.

Salut salut,
Pgm