I don't want to be myself.


Je ferme toujours les volets de ma fenêtre pour ne pas être tentée d'y sauter. Je ne m'excuse jamais car pour moi une faute ne se pardonne jamais. La mode d'être "soi-même", je ne la supporte pas, je me suis toujours détestée.  Hantée par le passé, mes fautes me reviennent toujours en pleine figure, j'ai toujours culpabilisé. Je ne me fais pas confiance tout simplement parce que je sais que c'est de moi qu'il faut se méfier. 
On me qualifie d'anormale. C'est ce que j'entends, lorsque les gens croient que je ne les écoute pas. Parce qu'on me qualifie d'anormale, on me croit aussi stupide. Aujourd'hui, j'ai dit au psychologue que les lumières me fascinaient. Il a dû l'interpréter de manière spéciale car il s'est mis à griffonner d'une manière plus intense que d'habitude. Il ne m'a pas laissé terminer, et m'a posé beaucoup de questions à propos de cela. Lorsque je parlais de lumières, je parlais de celles de la ville. Celles que j'aperçois de nuit, lorsque les immeubles contiennent encore quelques fenêtres illuminées, lorsque les phares des voitures se mélangent, que les lampadaires s'allument parmi l'obscurité. Il m'a aussi demandé ce que m'inspirait une fenêtre et pourquoi j'en parlais souvent. Je lui ai avoué que je ne savais pas, que j'en parlais simplement parce que j'en avais une toujours sous les yeux au moment où je discutais avec quelqu'un. Je ne pouvais pas lui avouer que je rêvais de tenter le grand saut. Je ne veux pas mourir, je veux simplement savoir ce que l'on ressent pendant les quelques secondes de vol. Mais comme d'habitude, le vieil homme aux lunettes tordues ne m'écoute pas. Pour tout dire, personne ne m'écoute. Pour le peu de personnes qui font l'effort de m'approcher. Les autres, je leur fais peur. J'entends les murmures lorsque je traverse un couloir. J'ai pris l'habitude. Les couloirs eux, n'ont pas de fenêtres vers l'extérieur. Et ça m'effraie.
Et maintenant, je suis de retour dans ce grand immeuble. Aux baies vitrées et aux 30 étages de haut. Je suis au 25ème. Ce doit être haut. Un autre homme me parle. Il est plus grand cette fois-ci, sûrement plus jeune, mais ne fait toujours pas attention à la moitié de choses que je dis. Son visage reste collé à son bloc notes. Et je vois l'extérieur. Je m'imagine un grand vide. Une feuille qui vole. Je la suis des yeux. Elle se colle à la fenêtre. Je la suis. Je me sens vide. Et ça me soulage. Mes pieds ne tiennent que sur un bord très fin. J'entends des hurlements derrière moi. Une main sur mon pied. Inutile. 
Je vois le sol. Le trottoir. Des gens qui lèvent la tête, surpris. Le trottoir s'approche de plus en plus. Une femme tenant un téléphone commence à s'affoler. Mes cheveux volent. J'ai de l'air dans les yeux. Je pleure.
J'aperçois une lumière. Elle ne ressemble pas à celles de la ville. Mais elle est belle. Je ne culpabilise plus. Je suis libre.